Lettre ouverte au Fonds national suisse

Comment serait-il possible de promouvoir la recherche sans se soucier des chercheur·euses? Photo Eric Roset

de: SSP - Hautes Ecoles

Prolongation des contrats précaires dans les hautes écoles: le Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS) fuit ses responsabilités!

Madame la Directrice générale du FNS, Mesdames et Messieurs les membres de la direction,

Suite à notre appel à prolonger les contrats précaires dans les hautes écoles en raison des difficultés dues à la situation sanitaire, Heidi.news a interrogé Thomas Werder Schläpfer, membre de votre comité de direction. Ce dernier a affirmé que la prolongation des contrats des chercheur·euses engagé·es sur des projets financés par le FNS n’est pas du ressort de votre institution, car elle n’est pas «l’employeur des chercheurs», mais a seulement un «rôle de promoteur de la recherche».

Ainsi, le FNS ne se sentirait pas visé par notre démarche. Qu’il se détrompe, notre appel lui était directement destiné.Il est pour nous incompréhensible que le FNS cherche à se dégager de toute responsabilité à l’égard des personnes engagées grâce aux financements qu’il accorde. Comment serait-il possible de promouvoir la recherche sans se soucier des chercheur·euses?

Ce désengagement face à son obligation de garantir des conditions de travail décentes aux personnes qu’elle salarie directement ou indirectement rappelle certaines politiques déjà suivies par votre institution avant l’irruption de la pandémie de Covid-19. L’exclusion des doctorant·es et des postdoctorant·es en mobilité internationale des cotisations pour l’assurance-chômage ou pour la LPP participe d’une même logique que nous dénonçons depuis longtemps et qui déploie, année après année, ses effets délétères sur le personnel déjà très précaire de la recherche publique suisse.

Le FNS a déjà reconnu, l’année passée, que la pandémie affectait la poursuite des projets de recherche qu’il finance. Il avait alors accordé, comme M. Werder Schläpfer le rappelle d’ailleurs dans l’article, une prolongation de deux mois, prouvant de ce fait que de telles prolongations sont bien de son ressort. Le refus d’envisager aujourd’hui une prolongation n’est pas tenable.

Cette position est d’autant plus intenable que certaines universités se servent du manque de générosité du FNS face à ses chercheur·euses en grande difficulté pour ne pas prolonger de plus de deux mois les contrats de leurs propres employé·es sous le prétexte de l’inégalité de traitement que cela engendrerait.

Le seul raisonnement qui soit défendable aujourd’hui, c’est celui que le FNS avait au début de la pandémie: il faut qu’il prenne en charge la prolongation de tous les projets de recherche collectifs et individuels dont les responsables en font la demande, puisqu’ils ont été fortement retardés par la seconde vague de Covid-19 et la fermeture d’un nombre important d’infrastructures de recherche. Les témoignages que nous avons rassemblésle rappellent avec clarté.

Il serait en outre judicieux que ces prolongations soient étendues aux chercheur·euses bénéficiant de «bourses», et que le FNS entame une réflexion sérieuse sur le fait que lesdites «bourses» sont en réalité des salaires et que lui incombent, de ce fait, toutes les obligations afférentes à un employeur, en l’occurrence lui-même.

Au milieu des conséquences désastreuses de la pandémie actuelle pour l’enseignement supérieur et la recherche, il peut exister des perspectives permettant d’espérer des améliorations pour ce «monde d’après» que tout le monde attend avec impatience. Nous sommes certain·es que le FNS peut en être un acteur important, pour autant qu’il le décide.

Dans l’attente de vos réponses, nous vous prions d’agréer, Madame la Directrice générale du FNS, Mesdames et Messieurs les membres de la direction, nos salutations distinguées.

Pour le Syndicat des services publics,

Philippe Martin, secrétaire central

Fabio Höhener, secrétaire central

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