L'animation socioculturelle genevoise en danger

Photo Eric Roset

de: Syndicats SSP et SIT

Comment passer d’une gestion horizontale par les habitant·e·s à une gestion verticale par une bureaucratie déconnectée du terrain…

L’animation socioculturelle agit dans des quartiers et des communes et s’inscrit dans le principe de subsidiarité, qui consiste à confier la responsabilité d’une action publique aux personnes les plus proches de celles et ceux qui sont directement concerné∙es par cette action.

Dans les quartiers et les communes, l’animation socioculturelle réunit des habitant∙es de toutes origines et des professionnel∙les, qui coopèrent en encourageant la participation démocratique et l’engagement citoyen, pour œuvrer au «mieux vivre ensemble», lutter contre les inégalités et les exclusions et permettre à chacun∙e de contribuer au changement social.

Deux politiques aux antipodes l’une de l’autre

Il faut se rappeler que les maisons de quartier et les professionnel∙les de l’animation socioculturelle, ne sont pas là pour exercer un service public comme agent de l’Etat. Ce sont des associations qui gèrent des espaces qui permettent à tout∙e habitant∙e de devenir acteur∙trice, de faire démocratie, de faire société, en développant des projets collectifs. Ces projets favorisent la solidarité, la coopération, le plaisir d’être ensemble. Ce sont donc des lieux où chaque habitant∙e a accès à un processus d’organisation et de décision horizontal, par le bas et pour le bas.

Les associations de maisons de quartiers se sont engagées à travailler en partenariat avec les pouvoirs publics avec lesquels ils se lient en toute autonomie, par des accords contractuel.

A l’inverse, la FASe (Fondation Genevoise pour l’Animation socioculturelle) tente d’imposer une intervention sociale et éducative au service des politiques publiques (Etat et communes), priorisant le mandat et une approche "par le haut", où des gouvernants institutionnels et politiques déconnecté·es du terrain, décident de ce qui est bon pour les habitant·es. La pandémie a mis en avant l’importance de cet «empowerment» local.

Comme beaucoup d’autres lieux, les fermetures et annulations de nos activités pendant la pandémie ont contribué à une détérioration des liens sociaux dans les quartiers. Sur le terrain, les équipes et les comités ont fait preuve d’ingéniosité et de créativité pour maintenir autant que possible les liens entre les habitant∙es, l’engagement en faveur du «vivre ensemble tout en restant éloigné∙es des un∙es et des autres». A notre mesure, nous avons contribué à ce que des solidarités se développent dans les quartiers et tenté de limiter autant que possible l’isolement.

C’est grâce à une organisation associative que nous avons pu réagir rapidement et nous adapter à cette situation en constante évolution. L’engagement et l’implication des habitant∙es dans nos structures nous ont permis d’identifier des fragilités et de proposer des solutions adaptées.

Des attaques répétées qui visent à casser une longue tradition de gestion horizontale

Depuis bientôt vingt ans, l’animation socioculturelle genevoise (ASC), portée depuis près de 60 ans par les associations de centres des maisons de quartier, centres de loisirs, jardins robinson et terrains d’aventures, subit les assauts répétés de forces qui mettent en péril sa survie. Cela se traduit entre autre par :

  • Une perte du pouvoir d’agir des habitant∙es sur ces espaces de démocratie participative que sont censées représenter les associations de centres
  • Un grignotage progressif de l’autonomie des associations au profit de l’administration centrale de la Fondation pour l’animation socioculturelle (FASe)
  • Une perte d’identité et de sens de la Fondation par l’introduction de missions n’ayant pas ou peu de lien avec l’animation socioculturelle
  • Une incapacité totale à rédiger un projet institutionnel qui définirait de manière participative ce pour quoi les partenaires de la FASe sont réunis
  • Une imposition d’outils de management en totale inadéquation avec les modes de fonctionnement pluriels développés dans les différents lieux d’animation

Un travail administratif toujours plus lourd, au détriment du travail de terrain

Malheureusement mais sans surprise, au final, ce sont les usagers des centres, enfants, ados, jeunes adultes, habitant.es des quartiers, aînés, … qui pâtissent de ces nouvelles pratiques. La complexité croissante des nouvelles tâches administratives et l’inefficience des outils de gestion imposés, le temps passé à tenter de dégripper les rouages d’une machine confuse, sont en effet autant de déperdition d’énergie et de gaspillage de ressources financières, au détriment des capacités d’intervention et de la qualité des actions. Et autant d’obstacles au développement du vivre-ensemble, de la solidarité, de l’autonomie, de l’émancipation, et relèguent les enjeux sociétaux et humains de l’animation socioculturelle au second plan.

Et, comme si l’animation socioculturelle n’était pas déjà ainsi suffisamment fragilisée, l’institution et les associations s’affrontent sur la question de l’employeur du personnel des centres.

Des décisions toujours moins partenariales

En 2008, Charles Beer, alors conseiller d’Etat, a imposé à la FASe le principe du «qui paie commande» par l’octroi d’une représentation majoritaire au sein du conseil de fondation aux communes et à l’Etat. Ce renversement de l’architecture partenariale dans laquelle l’animation socioculturelle prenait tout son sens a rétrogradé les acteurs de terrain, bénévoles et professionnels, à un rôle de simples prestataires de services.

Et maintenant, l’Etat se désengagerait de la FASe?

En 2021, les militant∙es de l’animation socioculturelle s’inquiètent vivement du nouveau séisme potentiel que peuvent représenter les discussions en cours en haut lieu à propos d’un désengagement de l’Etat dans la FASe.

Si l’Etat abandonne la FASe aux communes, alors les associations de centres s’apparenteront toujours plus à de simples faire-valoir des politiques publiques et la richesse de l’engagement de la société civile sera perdu.

Si l’Etat abandonne la FASe aux communes, le risque est grand alors que les associations de centres s’apparentent toujours plus à de simples faire-valoir des politiques publiques et que celles-ci développent des visions utilitaires et à géométries variables de l’animation socioculturelle. Au préjudice du sens et des valeurs de celle-ci et avec le risque de voir s’éroder le goût, chez les habitants, de s’engager comme bénévoles dans nos associations de centres.

On ne lâche rien!

Aujourd’hui nous sommes à Lancy, à deux pas du secrétariat général de la FASe : nous nous adressons à la FASe les demandes suivantes :

  • Un vrai projet institutionnel, avec lequel tout le monde soit d’accord
  • Un moratoire sur toute nouvelle introduction de tout outil ou directive qui pourrait être en contradiction avec ce projet institutionnel qui ne respecterait pas les valeurs de l’animation socio-culturel
  • Nous souhaitons être sollicité.es pour prendre part aux discussions concernant le retrait de l’Etat
  • Une sincère et véritable place aux valeurs fondamentales de l’animation socioculturelle au sein de la FASe "Réseau Cohésion"

Demain, s’il le faut, nous serons aux canons pour demander aux député∙es de ne pas abandonner l’animation socioculturelle et les valeurs d’autonomie et d’horizontalité qu’elle représente!



Galerie: Mobilisation FASe 17 juin 2021

Photos Eric Roset