HUG - L’union du pool a fait sa force

de: Interview Services Publics

Six mois durant, le personnel du pool de remplacement des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) s’est battu pour sauver son service, menacé de dissolution. Avec une victoire à la clé.

Sandrine*, Albertine* et Marc*, soignants au sein du pool de remplacement des HUG et membres de la délégation syndicale. Ils ont répondu à nos questions.

Comment a commencé votre lutte ?

Sandrine – Après le choc de l’annonce de la fermeture de notre service, le 26 juin, nous avons pris contact avec le syndicat. Avec son soutien, nous avons mené des assemblées générales, créé un groupe sur WhatsApp (nous sommes dispersés dans tout l'hôpital et nous voyons peu). Le SSP nous a insufflé l'énergie nécessaire pour nous battre. Voir les poolistes se mobiliser et s'unir lors de la première assemblée a été notre moteur.

Marc – La résistance a débuté par un coup de colère à la première assemblée. Nous nous sommes rendus au bureau du directeur pour exprimer notre indignation et demander des négociations.

Albertine–C'était notre première lutte collective. Se retrouver face à nos supérieurs était assez stressant. Le syndicat nous avait prévenus que ce serait long. Il y a eu des hauts et des bas, des moments de doute, nous avons même voulu abandonner quand cela se passait mal avec la direction. Mais nous sommes allés jusqu'au bout.

Comment se sont déroulées les négociations ?

Marc– Au départ, cela a été difficile. Chaque camp défendait des valeurs difficilement conciliables, entre qualité des soins et logique financière. Au fil des négociations, une relation de confiance s’est établie. La direction a admis le rôle fondamental du pool et l’intérêt de conserver une gestion centralisée des absences.

Sandrine –Je me suis rendu compte que cette direction n'a aucune connaissance du terrain: le manque de personnel, les soins de plus en plus aigus, les patients de plus en plus âgés, lourds et exigeants, le manque de matériel, l’informatique, etc. : nous devons faire toujours plus avec toujours moins.

Le personnel était-il uni pour se défendre ?

Albertine – Pour nos collègues dans les services, la disparition du pool était acquise. Notre lutte les a surpris: c'était le pot de terre contre le pot de fer. Aujourd’hui, ils sont satisfaits de voir que nous sommes toujours là.

Marc– L’union fait la force, nous en avons fait l’expérience durant les six mois de conflit. Nous avons été écoutés parce que nous formions un groupe soudé, attaché à des valeurs et décidé à les défendre.

Quel est le résultat final ?

Sandrine – L’équipe du pool est maintenue. Des physiothérapeutes et des ASSC viendront compléter ses effectifs. Nous avons obtenu l’accès à de nouvelles formations. Nous conservons notre hiérarchie et la prime d’inconvénient de fonction attribuée à chaque pooliste. Il y a tout lieu d’être satisfait.

Albertine – Nous poursuivons nos remplacements en médecine et en chirurgie. Mais chacun a dû choisir une spécialité dans laquelle il sera formé de manière plus précise. Et nous devrons élargir nos remplacements aux établissements de Bellerive (réadaptation), Belle-Idée (psychiatrie), Joli-Mont (réhabilitation et soins de suite) et des Trois-Chêne (gériatrie et réhabilitation).
Il n'y aura plus qu'un seul mode de fonctionnement: tous les horaires, de jour comme de nuit, devront être faits par les poolistes. Les missions d'un mois n'existeront plus.
Le degré de satisfaction varie selon les personnes concernées. Mais le principal est d'avoir sauvé le pool ! Nous sommes aussi satisfaits d'avoir lutté ensemble et d'avoir montré que, même dispersés dans l'hôpital, nous formons une équipe soudée.

Le pool a-t-il les effectifs nécessaires pour pallier les absences aux HUG ?

Albertine – Avant ce remaniement, nous assurions environ 60% des demandes de remplacement sur le site principal des HUG. Dorénavant, nous devrons aller sur d'autres sites. Comment répondre à la demande sans augmentation des effectifs? C'est illusoire.

Sandrine– Dans les services, le manque de personnel est catastrophique. Les heures supplémentaires sont énormes; on rappelle les collègues sur leurs jours de congé; les horaires sont modifiés du jour au lendemain; on impose des horaires coupés. Il y a aussi la pression des cadres et l’état de saleté inacceptable des services, en raison du manque de personnel et de temps.
Pourquoi tant d’absences ? Nous ne sommes pas des machines. Il faut plus de personnel pour pouvoir effectuer correctement notre job.

Marc– Il serait souhaitable de posséder une équipe de suppléance, adaptée au manque chronique de personnel.
Néanmoins, le véritable problème est l’absentéisme croissant lié à la dégradation des conditions de travail, en raison du non-remplacement du personnel qualifiés dans les unités.
La condition pour y remédier est probablement l’embauche de soignants formés dans les services où le manque d’effectifs se fait durement ressentir – comme les urgences de pédiatrie, qui se mobilisent aujourd’hui.

*Prénoms fictifs

Contexte

« NOUS AVONS REFUSÉ D’ÊTRE DES NUMÉROS »

Qu’est-ce qui fait la spécificité du travail au sein du pool?

Albertine – Les poolistes remplacent le personnel absent dans tous les secteurs de soins. Nous devons nous adapter à chaque service, chaque spécialité, au personnel, au matériel et aux soins spécifiques. Cela implique un domaine de connaissances élargi, un fonctionnement souple et réactif. Les poolistes de longue durée (1 à 2 mois de remplacement) adaptent aussi leurs horaires au service concerné.

Marc –La richesse de notre travail, ce sont les interactions avec les patients – de la pédiatrie à la gériatrie – ainsi qu’avec les collègues. Nous touchons à tous les domaines des soins. Cela nous rend particulièrement attentifs aux moyens d’optimiser leur qualité.

Pourquoi vous êtes-vous opposés à sa fermeture ?

Sandrine – Faire partie du pool, c'est un choix. C’est la diversité du travail qui nous y attire. Lorsque la direction nous a annoncé la fermeture, cela a été un choc. Nous avons refusé d'être de simples numéros et de laisser faire.

Albertine – J'aime aller partout. Après 22 années de pool, mes collègues sont toutes les personnes avec lesquelles j'ai travaillé dans l'hôpital. La direction souhaitait nous attribuer à un seul département de soins. Cela aurait mis fin à cette diversité. Cela impliquait aussi l'éviction de l'équipe performante qui nous gère depuis 28 ans – notre responsable et les deux secrétaires.

Marc – Il était hors de question de laisser détruire notre outil de travail. C’était aussi une question de dignité: nous n’avions pas été consultés sur la solution adoptée. Du jour au lendemain, notre équipe aurait été atomisée.

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