EMS de Drize - Chronique d’un licenciement antisyndical

Photo: Thierry Porchet /L’Événement syndical

de: Guy Zurkinden, rédacteur Services Publics

Un aide-soignant s’est fait licencier en mai par la direction de l’EMS de Drize. Dans les homes genevois, les droits syndicaux restent trop souvent bafoués.

« Tant que justice n’aura pas été faite, cela continuera à me travailler. » Tous les soirs, Patrick retourne dans sa tête l’enchaînement qui a abouti à son licenciement.

« UN PILIER ». Doté d’une riche expérience professionnelle, l’aide-soignant a été engagé en 2011 à la Résidence de Drize, sise à Vessy. Les six premières années se déroulent sans nuages. Patrick devient une référence. Sa sollicitude envers les résidents est appréciée, ses interventions lors des colloques sont saluées. On lui confie l’accompagnement des stagiaires. Pour nombre de ses collègues, ce père de famille est un modèle. Celui qui pointe du doigt les problèmes et les améliorations possibles. Sa dernière évaluation le présente comme un « pilier de l’établissement »

LE TOURNANT. Syndiqué chez Unia, Patrick participe à la création d’un groupe syndical dans l’EMS. En juillet 2017, il est nommé délégué du personnel. Une première qui va mal passer dans les hautes sphères. Dès qu’il reçoit la nouvelle, le directeur ad intérim de l’établissement – qui cèdera sa place à un nouveau dirigeant en septembre – signifie sa mauvaise humeur au soignant et lui fait comprendre qu’il ne veut voir ni « banderoles », ni « manifestations » devant son établissement. Il lui reproche aussi la « mauvaise éducation » qui l’a conduit à devenir représentant syndical sans en demander l’autorisation.

ENGRENAGE MALSAIN. « À partir de là, tout s’est dégradé. » Les remarques et observations de Patrick sur la prise en charge des résidents sont désormais accueillies avec hostilité. « Ce n’est pas ton travail, contente-toi d’appliquer ce qu’on te dit de faire », lui signifient ses supérieurs. Des reproches quotidiens lui sont adressés. Ses demandes de changements d’horaires sont systématiquement refusées. Le soignant se voit soudain refuser un stage d’un mois, planifié en accord avec sa hiérarchie, visant l’obtention d’un diplôme d’ASSC – et qu’il était prêt à effectuer durant ses vacances !

Ce n’est qu’un début. Au mois de décembre, des salariés de l’ensemble des services (soins, hôtellerie, animation, administration) s’organisent et dénoncent une ambiance de travail malsaine. Soutenue par les syndicats Unia et SSP, une délégation syndicale rencontre la direction. Patrick y participe.

SPIRALE INFERNALE. Les pressions vont alors prendre un tour plus brutal. « J’étais convoqué presque tous les jours ». Une collègue, proche de la responsable des soins, le provoque ouvertement sur son appartenance syndicale. Une autre lui reproche sa trop grande proximité avec une résidente… qu’il n’a pas vue depuis des mois. Les services rendus à des résidents, autrefois loués, lui valent soudain un blâme. Pris dans un tourbillon d’hostilité et d’accusations contradictoires, Patrick ne dort plus la nuit. « Chaque soir, je me demandais ce qu’on allait me reprocher le lendemain ». Il commence à avoir des idées noires.

« ABANDON DE POSTE ». En février, alors qu’il signale un problème de surmédication, Patrick est traité de menteur par une infirmière. Il tente de prouver ses dires, ce qui le conduit dans le bureau du directeur. À la fin de la réunion, ce dernier lui conseille d’aller voir un médecin. Au bout du rouleau, Patrick le fait illico, avec arrêt de travail et certificat médical à la clé. Pourtant, le jour-même, la direction lui envoie un blâme. Elle lui reproche un manque de transmission des informations – le comble pour celui qui n’a de cesse pointer les dysfonctionnements – et un « abandon de poste ».

LA TÊTE HAUTE. Les courriers vont s’enchaîner. Fin avril, une lettre annonce à Patrick l’ouverture d’une enquête sur son compte – on lui reproche « d’intimider » certains collègues. Le 25 mai, alors qu’il est encore en arrêt maladie, Patrick se voit notifier son licenciement immédiat. Il n’a pas été entendu par son employeur, n’a pas reçu d’avertissement.

Patrick en est persuadé, son licenciement n’a qu’un motif: éliminer une présence syndicale active au sein de la résidence de Drize. Un mois plus tard, le soignant est marqué. Mais il continue à se battre. « Jusqu’à ce que justice soit faite ».


Contexte

LA PEUR RÈGNE SUR LA RÉSIDENCE

Après son licenciement, Patrick a reçu de nombreux témoignages de solidarité de ses collègues.

Mais sur son ancien lieu de travail, c’est désormais le silence qui règne. « Tout le monde a peur de perdre son emploi. En me licenciant sans aucun motif, la direction a montré qu’elle fait ce qu’elle veut. »

L’ambiance au travail s’est aussi fortement dégradée. La pression va crescendo sur les employés, y compris quand ils sont malades. Plusieurs licenciements ont été prononcés au cours des derniers mois, nombre de collègues sont aujourd’hui en arrêt.

Avec l’appui des syndicats SSP et Unia, Patrick va porter son affaire devant le Tribunal des prud’hommes. Il demande l’annulation de son licenciement.

Les syndicats demandent aussi que le Conseil de Fondation de l’EMS de Drize, composé de représentants des communes de Carouge, Troinex et Bardonnex, se prononce publiquement sur cette affaire.

En parallèle, le SSP et Unia entendent bien continuer à combattre pour l’amélioration des conditions de travail au sein de la Résidence.

Ils exigent aussi des mesures concrètes et urgentes pour garantir l’exercice de l’activité syndicale dans tous les EMS du canton – droit de se faire assister par des syndicats, accès aux locaux de pause pour y déposer des informations syndicales, reconnaissance et protection des délégués syndicaux.

Il s’agit des droits syndicaux élémentaires. Mais la Fédération genevoise des EMS (Fegems) fait la sourde oreille. GZ

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