«Qu’ils arrêtent de taper sur les ouvriers!»

Photo Eric Roset

Le 30 septembre, les employés municipaux ont mené une grève très suivie pour défendre leurs revenus. José et Bastien, éboueurs à la Ville, expliquent leur quotidien – et leur colère.

Pourquoi avez-vous fait grève le 30 septembre ?

José – Je l’ai fait d’abord pour soutenir les jeunes collègues. Il faut savoir que nous sommes tout en bas de l’échelle salariale de la Ville. Si les attaques continuent, les collègues plus jeunes ne pourront bientôt plus manger. À Genève, les salaires sont souvent trop bas par rapport au coût de la vie. Déjà aujourd’hui, un ouvrier divorcé avec deux enfants à charge n’arrive pas à faire face. Beaucoup finissent aux Poursuites.

Bastien – Je me suis mobilisé d’abord pour éviter une baisse de revenu. Ils veulent nous retirer de l’argent, on devra se serrer encore un peu plus la ceinture. À Genève, les loyers sont chers, tout est cher. S’ils nous retirent encore l’annuité et le treizième salaire progressif, ce sera encore plus dur. Ça représente quand même près de 2000 francs en moins par an. Sans nous, la ville serait très sale. Alors, il ne faut pas venir baisser notre revenu. Ce n’est pas normal.

José – S’ils veulent faire des économies, qu’ils baissent d’abord leurs salaires – 253 000 francs par an pour un conseiller administratif, tous frais payés, c’est là qu’il y a de la marge. Et ce ne sont pas eux qui vont faire notre travail. Plutôt que taper sur les ouvriers, il faudrait limiter tous les salaires à 10 000 francs par mois, pas plus.

Qu’en est-il de vos conditions de travail ?

Bastien – On fait un métier dur. Qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige, on est dehors dès 6 h 30, sur les camions. Certains jours, on soulève jusqu’à 30 tonnes de déchets. On subit le stress de la circulation, avec parfois des insultes, les vibrations du camion. Ça, c’est la réalité de notre travail. J’ai déjà dû être opéré d’une épaule, ce sera bientôt au tour de la deuxième.

José – À force de faire toujours les mêmes gestes, pendant des mois et des années, on attrape des tendinites. Moi, je n’arrive plus à dormir avec le bras plié, ça fait trop mal. On a mal au dos aussi, à force.
En hiver, on a souvent les pieds trempés. Parfois, on a froid toute la journée. Quand il faut tirer les containers dans la neige, c’est dur. Il faut avoir envie de faire ce métier. Les gars qui le font, ils ont un courage énorme. Les chauffeurs aussi : ce n’est pas facile de rester attentif durant toute la journée !

Bastien – Dans certains sacs, il y a du ciment ou des pots de fleurs, c’est encore plus lourd. Parfois, il y a aussi des automobilistes qui essaient de forcer le passage…

Y a-t-il des mesures qui permettraient de réduire cette pénibilité ?

José – Il faudrait qu’on puisse prendre notre retraite plus tôt – aussi pour donner des emplois aux plus jeunes au chômage. Qu’on nous laisse partir à 58 ans !

Bastien – Il faudrait aussi rajouter des camions et raccourcir la durée des tournées. Mais cela, ils ne veulent pas en entendre parler.

José – Le plus important, c’est de faire en sorte que les collègues ne se fassent plus mal.

Comment s’est passée la grève ?

José – Elle a été très bien suivie. Il y a eu plusieurs services présents, les collègues ont été formidables. Chez nous, seul un camion est sorti. Sur 200 employé-e-s, presque tous ont arrêté. Les ordures n’ont pas été ramassées ce jour-là.

Comment a réagi la Ville ?

Bastien – Ils nous ont fait rattraper le travail perdu. Normalement, mon camion charge entre 16 et 20 tonnes par jour le jeudi et le vendredi. Mais le vendredi après la grève, on a totalisé près de 40 tonnes.

José – Imposer ça, c’est faire mal aux collègues. La Ville a voulu nous punir parce que nous avions fait grève. Pour que dans le futur, le petit peuple se taise. Sur le reste, nos revendications, on n’a eu aucune réponse. C’est quand même triste.

Et maintenant, qu’allez-vous faire ?

José – Quand nous avons appris, le jour de la grève, qu’ils voulaient nous faire rattraper le travail perdu, nous avons proposé à l’assemblée du personnel d’arrêter le travail durant deux jours en novembre: commencer le mouvement le jeudi, puis reconduire la grève le lendemain, avant de partir en week-end. Notre proposition a été acceptée.

VERS UNE GRÈVE RECONDUCTIBLE !

Le 30 septembre, près de 800 employé-e-s de la Ville de Genève ont mené une grève historique. Dans le cortège, on trouvait des salarié-e-s de la voirie, des espaces verts, de la police municipale, des pompiers-ères, des bibliothécaires, des employé-e-s des musées, du service social…

Les grévistes dénonçaient le blocage des mécanismes salariaux décidé par le Conseil administratif, à majorité de gauche, au motif de réaliser des « économies ». Ils et elles ont exigé la réintroduction de l’annuité, du treizième salaire progressif (on ne touche un treizième entier qu’après onze ans d’activité à la Ville), ainsi que de la prime d’ancienneté.

Les syndicats SSP et SIT, qui soutiennent les employé-e-s, dénoncent aussi l’absence de négociation sur plusieurs dossiers en attente – notamment la cessation anticipée d’activité pour les fonctions pénibles et les indemnités pour les inconvénients de service horaire. Ils demandent qu’un cadre soit défini pour le télétravail, introduit en urgence avec le Covid-19, en concertation avec les partenaires sociaux.

Le cortège s’est conclu par une assemblée générale, au cours de laquelle les grévistes ont décidé de maintenir leurs demandes au Conseil administratif. Les présent-e-s ont aussi convenu de tenir une nouvelle assemblée du personnel le 8 novembre. Objectif : prendre connaissance des éventuelles réponses du Conseil administratif et décider de la suite du mouvement.

Un nouveau préavis de grève a déjà été fixé pour la journée du 11 novembre, avec le principe de reconduire le mouvement le lendemain.